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Espagne : vers la chute de Mariano Rajoy

Le chef du gouvernement conservateur est affaibli par la condamnation de son parti dans un procès pour corruption. Pedro Sanchez devrait lui succéder.
Le gouvernement de Mariano Rajoy vit certainement ses dernières heures. Le chef du gouvernement conservateur espagnol Mariano Rajoy, affaibli par la condamnation de son parti dans un procès pour corruption, était en passe d'être renversé après l'appui décisif jeudi 31 mai donné par un parti nationaliste basque à une motion de censure socialiste. Pedro Sanchez, dont le Parti socialiste (PSOE) ne dispose que de 84 députés, a rassemblé autour de son nom une majorité hétéroclite de 180 voix composée de la gauche radicale de Podemos, des indépendantistes catalans et des nationalistes basques.
Sauf défection de dernière minute, le vote annoncé des cinq députés du Parti nationaliste basque (PNV) donnera vendredi au chef des socialistes Pedro Sanchez la majorité absolue de 176 sièges nécessaires pour renverser Mariano Rajoy et prendre automatiquement sa place au palais de la Moncloa. « Nous pensons que nous répondons à ce que les citoyens basques réclament majoritairement (...) en votant oui », a déclaré Aitor Esteban, chef de file des députés PNV à la chambre.
« La fête est finie »
Alors que les analystes politiques donnaient en début de semaine très peu de chances à cette motion, le vent a donc tourné à Madrid où Mariano Rajoy, 63 ans, à la tête du gouvernement depuis 2011 et qui avait survécu à plusieurs crises politiques, devrait vivre ses dernières heures au sommet du pouvoir. « Votre isolement, Monsieur Rajoy, constitue l'épitaphe d'une période politique, la vôtre, qui est déjà finie », lui avait lancé Pedro Sanchez, ancien professeur d'économie de 46 ans surnommé le « beau mec » en Espagne, jeudi matin. « La fête est finie », a déclaré de son côté Joan Baldoví le représentant du petit parti Compromís, allié de Podemos.
Afin de convaincre le PNV, Pedro Sanchez avait assuré qu'il ne toucherait pas au budget voté la semaine dernière prévoyant des largesses financières pour le Pays basque. À l'adresse des séparatistes catalans, il a annoncé par ailleurs qu'il essaierait de « jeter des ponts » avec le gouvernement régional à Barcelone. « Au sein de la nation espagnole, il y a des territoires qui, eux aussi, se sentent nations », a-t-il déclaré. « Nous pouvons coexister dans le cadre de la Constitution. »
Mesures sociales
La grande question qui se pose désormais est de savoir combien de temps Pedro Sanchez, qui a promis d'appeler à des élections anticipées, pourra gouverner avec une majorité qui s'annonce instable. Il compte dans un premier temps faire adopter un train de mesures sociales, ce qui pourrait renforcer la popularité de sa formation, très affaiblie ces dernières années.
Les débats au Parlement ont été d'entrée très agressifs. Mariano Rajoy, qui a quitté l'hémicycle avant l'annonce des décisions de vote des différents groupes parlementaires, a accusé les socialistes de mentir en exagérant la portée de la sentence du procès pour corruption « Gürtel » qui a précipité le dépôt de la motion de censure vendredi dernier. Mais selon les juges, le Parti populaire (PP) a bien bénéficié de fonds obtenus par des maires PP dans le cadre d'un « système de corruption institutionnel » via la « manipulation de marchés publics », et ils l'ont condamné à rembourser 250 000 euros. La justice a conclu en outre à l'existence d'une « caisse noire » au sein du PP et mis en doute la crédibilité du témoignage de Mariano Rajoy qui avait nié l'existence de cette comptabilité parallèle devant le tribunal.
Les élections immédiates refusées
La question, a répliqué Pedro Sanchez, est de savoir si « cette démocratie peut se permettre le luxe d'être enchaînée encore deux ans de plus à la corruption du PP », jusqu'aux prochaines élections prévues normalement en 2020. Tous les alliés de Pedro Sanchez ont en commun leur refus d'élections immédiates, réclamées par le parti libéral Ciudadanos (32 députés), en tête dans les sondages. Fervent opposant aux privilèges du Pays basque et à l'indépendance de la Catalogne, il a lâché Mariano Rajoy dont il était l'allié, mais a refusé d'appuyer le PSOE. Mariano Rajoy a exclu jusqu'ici de démissionner avant le vote de la motion. Une décision qui pourrait permettre à son parti de se maintenir au pouvoir le temps d'organiser les prochaines élections anticipées et donc d'empêcher l'arrivée de Pedro Sanchez au pouvoir.
Blog Freedom1/AFP

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