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ليفربول ينهزم أمام برايتون ويغادر مسابقة كأس الاتحاد الإنجليزي.. فيديو

 

ودّع فريق ليفربول منافسات بطولة كأس الاتحاد الإنجليزي لكرة القدم، بعد خسارته أمام مستضيفه برايتون 1-2 اليوم الأحد في الدور الرابع من البطولة.

وتقدم ليفربول بهدف سجله هارفي إليوت (30) وتعادل برايتون عن طريق لويس دينك (40)، ثم سجل كاورو ميتوما هدف الفوز في الدقيقة الثانية من الوقت بدل الضائع من المباراة.

وبهذه النتيجة تأهل برايتون لدور 16.

يذكر أن ليفربول هو حامل اللقب حيث تغلب على تشلسي بركلات الترجيح 6-5 في المباراة النهائية للنسخة الماضية من البطولة.

وجاءت هذه الخسارة لتزيد محنة الفريق الذي يعاني منذ بداية الموسم، حيث يتواجد ليفربول في المركز التاسع بالدوري الإنجليزي برصيد 29 نقطة.

وهذا الفوز الثاني لبرايتون على ليفربول هذا الشهر، بعدما انتصر على فريق المدرب يورغن كلوب 3-صفر في البريميرليغ.

ميادين - وكالات

La liga. L'Atlético de Madrid rebondit à Osasuna.. Vidéo

 

Court vainqueur d'Osasuna dimanche (1-0), l'Atlético de Madrid revient provisoirement à quatre points du podium, en attendant le choc entre le Real Madrid (2e) et la Real Sociedad (3e) à 21 heures.

Trois jours après son élimination en huitièmes de finale de Coupe du Roi par le Real Madrid (1-3 a.p.), l'Atlético de Madrid a réussi son retour au Championnat en s'imposant d'une courte tête à Osasuna (1-0).

Après un premier acte fermé, Antoine Griezmann a tenté de sonner la révolte mais sa frappe a trouvé les gants d'Aitor Fernandez (47e). Dans l'autre surface, Jan Oblak, décisif, a empêché Moi Gomez d'ouvrir le score (63e).

À un quart d'heure du terme, c'est finalement l'entrant Saul Niguez, parti dans le dos de la défense sur une longue ouverture de Rodrigo De Paul, qui a remporté son duel avec Fernandez (1-0, 75e) et permis aux Colchoneros de s'emparer des trois points.

L'Atlético, 4e, revient à trois points de la Real Sociedad (3e), qui se déplace ce dimanche soir (21 heures) à Madrid pour y affronter le Real, dauphin du Barça. Osasuna, 7e, manque l'occasion d'accrocher le wagon européen.

World Opinions - agences

إسرائيل/الأراضي الفلسطينية المحتلة: إراقة الدماء في جنين تذكير مروّع بعواقب الإفلات من العقاب

 

قال فيليب لوثر، مدير البحوث وأنشطة كسب التأييد في برنامج الشرق الأوسط وشمال إفريقيا في منظمة العفو الدولية، تعقيبًا على مقتل ما لا يقل عن تسعة فلسطينيين على أيدي القوات الإسرائيلية خلال اقتحام عسكري لمخيم جنين للاجئين صباح الأمس:

“في غضون ساعات قليلة هذا الصباح، قتلت القوات الإسرائيلية ما لا يقل عن تسعة أشخاص وأصابت 20 آخرين بجروح، كما ومنعت سيارات الإسعاف من الوصول إلى الجرحى وأطلقت الغاز المسيل للدموع على مستشفى، مما تسبب بإصابة أطفال مرضى بحالات اختناق، حسبما ورد. ويقول مسعفون في جنين إن طفلًا هو أحد المصابين الذين يعالجون من جروح ناجمة عن طلقات نارية، فيما أكدت السلطات الفلسطينية أنَّ امرأة تبلغ من العمر 61 عامًا كانت من بين الذين قتلوا بالرصاص”.

منذ عام تقريبًا، يتعرّض مخيم جنين للاجئين لحملة قمع عسكرية إسرائيلية متصاعدة

فيليب لوثر، مدير البحوث وأنشطة كسب التأييد

“منذ عام تقريبًا، يتعرّض مخيم جنين للاجئين لحملة قمع عسكرية إسرائيلية متصاعدة. وشهد المخيم مقتل الصحفية الفلسطينية شيرين أبو عاقلة بالرصاص في مايو/أيار الماضي، ولا يزال سكانه يواجهون غارات عسكرية بلا هوادة ترقى إلى مستوى العقاب الجماعي”.

“وفي الوقت نفسه، لا تزال إسرائيل تتمتع بالإفلات التام من العقاب على نظام الفصل العنصري الذي تفرضه على الفلسطينيين – وهو نظام تضمن إسرائيل إبقاءه جزئيًّا من خلال انتهاكات مثل القتل غير المشروع. وبينما تتزايد الوفيات الفلسطينية، فإن الرد الدولي على الانتهاكات الإسرائيلية يقتصر على إدانة خجولة في أحسن الأحوال، ودعم غير مشروط في أسوئها. إنَّ إراقة الدماء اليوم هي تذكير بعواقب هذا التقاعس المخزي – وإلى أن تكون هناك مساءلة، ستستمر الهجمات المميتة ضد الفلسطينيين في جميع أنحاء الأراضي الفلسطينية المحتلة”.

ميادين - منظمة العفو الدولية

Inde / Égypte. Il faut remédier à la crise des droits humains que connaissent ces deux pays

Les autorités indiennes et égyptiennes doivent remédier à la crise des droits humains et de l’impunité que connaissent les deux pays, a déclaré Amnesty International le 26 janvier 2023, tandis que l’Inde accueille le président égyptien Abdel Fattah El Sissi en tant qu’invité d’honneur des festivités du Jour de la République.

Ces dernières années, les autorités de ces deux États ont durement réprimé les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, et sont restés inactifs face à la discrimination bien ancrée à l’égard des minorités religieuses.

« La crise des droits humains en Inde comme en Égypte est caractérisée par une impunité bien ancrée et une utilisation abusive de la législation antiterroriste pour resserrer l’étau sur l’espace civique et la dissidence pacifique. Ces deux pays présentent des parallèles frappants s’agissant des manœuvres visant à harceler et intimider tous les détracteurs et opposant·e·s réels ou présumés du gouvernement dans le but de les réduire au silence. Cette offensive incessante contre les droits humains doit prendre fin », a déclaré Philip Luther, directeur de la recherche et du plaidoyer pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.

La dissidence muselée

En Inde comme en Égypte, des défenseur·e·s des droits humains, des avocat·e·s, des opposant·e·s politiques, des manifestant·e·s pacifiques, des universitaires et des étudiant·e·s sont en butte à des arrestations et détentions arbitraires, à des poursuites injustes et à d’autres formes de harcèlement et d’intimidation au seul motif qu’ils exercent pacifiquement leurs droits humains.

L’Inde et l’Égypte semblent avoir porté leur coopération bilatérale de longue date à un autre niveau, où elles partagent des méthodes visant à réprimer de plus en plus les droits et les libertés dans leur pays respectif

Aakar Patel, Amnesty International

Des milliers de personnes  croupissent injustement dans les geôles égyptiennes, dont le militant anglo-égyptien bien connu Alaa Abdel Fattah, qui a passé la majeure partie des 10 dernières années derrière les barreaux. Le 20 décembre 2021, il a été condamné à cinq ans d’emprisonnement pour des accusations forgées de toutes pièces de « diffusion de fausses informations » pour avoir partagé une publication sur les réseaux sociaux critiquant le traitement réservé aux prisonniers.

En Inde, 16 militant·e·s de Bhima Koregaon ont été arrêtés depuis 2018 pour de fausses accusations au titre de la Loi relative à la prévention des activités illégales, une loi antiterroriste draconienne. Ils sont durement réprimés par les autorités en raison de leur travail en faveur des communautés marginalisées. Onze d’entre eux sont toujours derrière les barreaux sans avoir été jugés et le père Stan Swamy, 84 ans, défenseur des droits des populations tribales, est mort en détention le 5 juillet 2021 après s’être vu refuser un traitement médical en temps voulu.

La liberté de la presse attaquée

Dans les deux pays, les autorités s’en prennent de plus en plus à des journalistes, à des professionnel·le·s des médias et à des médias indépendants : ils sont poursuivis pour des accusations fabriquées de terrorisme et leurs bureaux sont perquisitionnés ou fermés dans le but de les harceler, simplement parce qu’ils font leur travail. En Inde, les locaux de médias indépendants qui critiquent le gouvernement ont été perquisitionnés par diverses autorités gouvernementales. C’est notamment le cas de Newclick, Newslaundry, The Quint, Dainik Bhaskar, Greater Kashmir, Kashmir Times et Bharat Samachar.

En Inde, depuis 2019, Amnesty International a recensé les cas d’au moins cinq journalistes – Gowhar Geelani, Bilal Bhat, Rana Ayyub, Sanna Mattoo et Aakash Hassan – qui se sont vus interdire de sortir du pays sans aucune justification légale.

L’Égypte reste l’un des pays qui emprisonnent le plus de journalistes au monde : au moins 26 journalistes se trouvent actuellement en détention arbitraire à la suite de condamnations ou d’enquêtes en cours concernant des accusations de « diffusion de fausses informations », « utilisation abusive des réseaux sociaux » ou « terrorisme ». Onze d’entre eux ont été arrêtés au cours de la seule année 2022. Au moins 600 sites Internet d’information, de défense des droits humains et autres demeurent bloqués en Égypte, selon des organisations de défense des droits humains.

La société civile réprimée

Les autorités égyptiennes s’appuient sur des lois répressives et d’autres méthodes pour contrôler l’espace civique et le mouvement de défense des droits humains, notamment par le biais d’une enquête pénale menée depuis 10 ans sur le travail légitime des organisations de la société civile, connue sous le nom d’affaire 173/2011 ou « affaire des financements étrangers ». Cette enquête à motivation politique vise encore au moins 15 défenseur·e·s des droits humains, qui font également l’objet d’interdictions de voyager et de gels d’avoirs.

En Inde, une action similaire a été menée : les autorités ont invoqué la Loi relative à la réglementation des contributions étrangères contre des ONG nationales et internationales bien connues, dont Greenpeace Inde et Amnesty International Inde. En vertu de cette même législation, les licences délivrées à 6 683 ONG, dont OXFAM Inde, ont été annulées ou n’ont pas été renouvelées.

Cette offensive incessante contre les droits humains doit prendre fin

Philip Luther, Amnesty International

Les minorités religieuses victimes de discrimination

Les autorités égyptiennes ne parviennent pas à protéger les chrétiens contre les nombreuses attaques motivées par l’intolérance religieuse ciblant leurs communautés ni à traduire en justice les responsables présumés de ces violences. Alors qu’elles ont présenté la loi de 2016 sur la construction et la réparation des églises comme une avancée des droits des chrétiens en Égypte, dans la pratique, ce texte est souvent utilisé pour les empêcher de pratiquer leur culte en restreignant leur droit de construire ou de réparer des églises, y compris les bâtiments endommagés lors de ces attaques.

Les autorités indiennes ne réussissent pas non plus à prévenir les violences religieuses à travers le pays, tout en perpétuant et en légitimant les crimes de haine et l’incitation à la haine envers les musulmans, les chrétiens et d’autres minorités, qui se multiplient. De nombreux gouvernements d’État ont adopté des lois visant à criminaliser les mariages interreligieux librement consentis et entrepris des démolitions punitives ciblant des propriétés appartenant à des musulmans, sans procédure légale.

« L’Inde et l’Égypte semblent avoir porté leur coopération bilatérale de longue date à un autre niveau, où elles partagent des méthodes visant à réprimer de plus en plus les droits et les libertés dans leur pays respectif. Alors que les dirigeants des deux pays occupent le devant de la scène, les célébrations de l’adoption de la Constitution indienne il y a 74 ans ne doivent pas occulter la triste réalité de la dégradation de la situation des droits humains. Ils doivent inverser la tendance et commencer par libérer immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues arbitrairement uniquement pour avoir exercé sans violence leurs droits fondamentaux. Ils doivent également garantir un environnement sûr pour les minorités religieuses et un environnement sans représailles pour les médias et la société civile », a déclaré Aakar Patel, directeur du conseil d’Amnesty International Inde.

World Opinions - Amnesty International


لن أقول ذكرى ثورة يناير

 

أحد أسوأ المداخل التي يستخدمها خصوم ثورة يناير (2011) في مصر لتشويهها والنيْل منها اجترار رواية أنّ المؤسسة العسكرية حرّكتها، أو أسهمت في تحريكها للتخلّص من حسني مبارك.

رواية الانقلاب الأبيض على مبارك مصنوعة بالكامل في ورش السرد العسكرية، فهي من ناحية توّفر لهم حصّة هائلة في ماضٍ جميل، بل هو الأجمل في تاريخ المصريين. ومن ناحية أخرى، تتيح لهم إعطاب حلم التغيير في المستقبل، بتكريس فرضية عجز الشعب عن صناعة التغيير من دون موافقة، ودعم الجيش.

لا يقل سوءًا عن ذلك التعاطي مع ثورة يناير باعتبارها ذكرى تنتمي لماض يخصّ لحظة زمنية انتهت ولا يصلح للاستعادة أو التكرار في المستقبل، وهذا أيضًا شكل من أشكال محاولة إلحاق الهزيمة بالذاكرة الجمعية، وقطع خطوط الاتصال بين مستقبلها الذي تحلم به ومعادلاتها الوطنية والقيمية التي أدّت إلى نتائج مبهرة، جرى الانقضاض عليها سريعًا، ولا تزال تتلقى الضربات لمحوها من العقل الجمعي للجماهير.

فيما خصّ حكاية الانقلاب الأبيض المزعوم، يدهشك أنّ بعض من يردّدونها من المفترض أنهم ينتمون بدرجاتٍ متفاوتة إلى يناير، الحلم والفكرة والكيمياء التي لا تموت بانتهاء الحدث أو توّقفه إجباريًا، والأكثر إثارة للدهشة أن يذهب بعضهم إلى أنّه ثمّة حاجة ماسة لاختراع كيمياء جديدة ومعادلات مستحدثة لصناعة مشروع جديد للتغيير يشمل روافد جديدة، مغايرة لتركيبة العام 2011.

شواهد عديدة وشهادات كثيرة تدحض سردية الانقلاب الأبيض تمامًا، تلك السردية المصطنعة التي كانت أحد العناصر الرئيسة في التجهيز للانقلاب الأحمر الدموي الصريح في صيف 2013 على الرئيس المنتخب، بأمر ثورة يناير الدكتور محمد مرسي، وذلك بغية إبطال حجة منطقية سليمة ودامغة، تقول إنّ المستهدف هو اقتلاع فكرة قدرة الشعب على إحداث التغيير الديمقراطي من رأس الجماهير، والإذعان لمنطق جديد يقول إنّ الجيش هو صاحب السلطة، مانحها ومانعها.

هذه الرواية العسكرية ليست صحيحة على أي وجه، ويمكنك الرجوع إلى مذكّرات باراك أوباما، في الجزء الذي يتناول الربيع العربي والثورة المصرية، والذي يؤكّد فيه أنّ جميع الأطراف فوجئت بانتفاضة الشعب المصري، من الإدارة الأميركية إلى البنتاغون إلى المؤسسة العسكرية المصرية، إلى مبارك نفسه، كلهم أُخِذوا بهذا التحرّك الجماهيري الهادر.

دعني أعيد عليك نشر مقطع بالغ القطعية والدلالة في مذكّرات أوباما، حيث يقول نصًا: "كنت واقعيا في تفكيري حين افترضت أنني سأمضي ما تبقى لي من زمن في البيت الأبيض وأنا أتعامل مع مبارك (رئيسا لمصر) لولا عناد ومثابرة الشباب (الغاضب) في ميدان التحرير. كنت  سأواصل في التعامل معه كرئيس (برغم كلّ ما يمثله) تماما مثلما واصلت في التعاطي مع باقي المنظومة الكبرى "الفاسدة والسلطوية المتعفنة" كما وصفها مستشاري بن (رودس) والتي تهيمن على  مقدرات الحياة في الشرق الأوسط وشمال أفريقيا".

الاستمرار في مضغ الرواية العسكرية عن الانقلاب الأبيض، أي من داخل النظام، بوصفه الوسيلة الوحيدة للتغيير هو قطع للطريق على أيّة محاولة من الشعب للحصول على حقوقه، كما أنه في الوقت ذاته لا يصلح لتأسيس تيار جديد مبني على معادلات مختلفة عن معادلة يناير، وقد شهدت السنوات الفائتة محاولات مختلفة في هذا المضمار باءت كلها بالفشل.

 لن أقول لك كل سنة وأنت طيب لمناسبة ذكرى يناير، بل دعني أقول لك إنّ الأفكار العظيمة لا تموت، وتبقى صالحة لصناعة مستقبل محترم.

وائل قنديل - صحافي وكاتب مصري، من أسرة "العربي الجديد".

Vu du Soudan. Grand barrage de la Renaissance : les doutes sur les réels risques

 

VU DU SOUDAN. Après le troisième remplissage du méga-barrage éthiopien, le premier pays en aval est face à ses incertitudes quant aux effets de l’immense ouvrage.

Sur les rives du Nil bleu, moins de 4 kilomètres après sa rencontre avec le Nil blanc, la terre est sèche, craquelée. Mi-septembre, la saison des pluies touche à sa fin. La crue redescend progressivement après avoir atteint son apogée. « Lors d'une année normale, nous ne pourrions pas être assis là. Cette zone serait inondée, explique Awad Alkarim, depuis son tabouret en corde, posé à quelques centaines de mètres du fleuve où des adolescents pataugent. Mais depuis qu'ils ont commencé à remplir le barrage il y a trois ans, le niveau du Nil baisse et il ne contient plus de sédiments, seulement du sable. »

L'entreprise de conception de briques d'Awad Alkarim dépend de ces précieux sédiments. Une quinzaine de compagnies sœurs opèrent dans ce secteur dans le quartier de Shambat, au nord de Khartoum. De tels sites de production se retrouvent tout le long du Nil bleu. C'est donc tout un secteur d'activité qui semble menacé par le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD).

Faute d'études d'impacts préliminaires mais aussi d'accords entre Addis-Abeba et les deux pays en aval, le Soudan et l'Égypte, les répercussions de ce méga-barrage censé atteindre 140 mètres de haut demeurent floues. Le 12 août dernier, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed annonçait avoir achevé la troisième phase de remplissage. Contrairement à leurs voisins éthiopiens très largement pro-barrage et égyptiens majoritairement anti-barrage, les Soudanais se montrent divisés. Ils manquent surtout cruellement d'informations.

Creuser le sol à la recherche de sédiments 

« J'ai très peur », confie Awad Alkarim, en se projetant dans quelques années, une fois que le barrage tournera à plein régime. Derrière le quinquagénaire en djellaba blanche se dresse un parallélépipède de briques orangées. L'an passé, il n'a pu honorer que la moitié du million d'unités qu'il produit normalement. Un chiffre qui s'est graduellement affaissé en trois ans. « Comme il y a de moins en moins d'eau contenant de moins en moins de sédiments, nous creusons le sol pour en trouver. Je dois louer une pelleteuse, ce qui me coûte cher », regrette le chef de cette entreprise fondée par l'un de ses arrière-grands-pères en 1946. Aucun représentant de l'État ne s'est jamais manifesté, ni pour l'informer ni pour compenser ses pertes.

Au-delà du volet économique, perforer le sol détériore l'environnement. « Les chutes de boue que cela entraîne polluent l'aquifère souterrain », prévient Hanan Muddathir, la présidente de l'Environmental Initiative for Sustainable Development. Cette docteure en études stratégiques et de sécurité rappelle que la plupart des Soudanais dépendent des nappes souterraines dont l'eau potable est extraite. L'adaptation de l'industrie des briques n'est pas la seule à mettre en péril ces puits. « Le fait de stocker l'eau dans le barrage, surtout en période de sècheresse, va augmenter la salinité du Nil mais aussi diminuer la quantité de vase et les agents nutritifs qu'elle contient et accroître les précipitations en raison du lavage des roches sédimentaires », poursuit Hanan Muddathir. Ces changements vont bouleverser l'équilibre du Nil. La concentration de plancton va décroître, et par conséquent celle de poissons.

Renoncer à des milliers d'hectares d'agriculture biologique 

Les 20 millions de riverains du Nil bleu, soit près d'un Soudanais sur deux, ne sont pas seulement pêcheurs. Ils sont aussi les principaux agriculteurs du pays. Et notamment ceux de l'État d'Al-Jazirah, qui signifie « l'île » en arabe, en raison de sa localisation entre les deux Nil. Les terres du grenier du Soudan qui bordent le fleuve sont irriguées par les crues saisonnières (1). Cependant, le barrage va en principe relâcher un flux régulier tout au long de l'année supprimant, de fait, ces inondations – qui ont fait plus de 140 morts au Soudan cette année. Optimiste, Abubakr Habibullah al-Amin, le représentant d'un syndicat d'agriculteurs d'Al-Jazirah, espère que cette régulation permettra de doubler la surface arable irriguée par canaux.

« La perte de nutriments jusque-là transportés par le Nil va accroître les besoins en engrais, ce qui va entraîner des effets négatifs sur l'environnement, la santé publique et les coûts de production agricole », nuance l'ingénieur Mohammed Basheer, spécialiste de la gestion des ressources en eau. Le Soudan pourrait se priver de 84 000 hectares de cultures biologiques, selon Tayseer Mustafa, consultante en médecine du travail et de l'environnement et membre d'un regroupement de 280 Soudanais préoccupés par le GERD, dont une vingtaine d'experts.

« C'est l'environnement qui va souffrir le plus, insiste Mohammed Basheer. Le réservoir du barrage devrait atteindre 140 mètres de profondeur pour une capacité de stockage de 74 milliards de mètres cubes. Beaucoup de propriétés physiques et chimiques du Nil vont par conséquent être altérées. La température de l'eau être modifiée et sa teneur en oxygène va se réduire. Cela va déséquilibrer l'écosystème : la végétation, les poissons dont les mouvements migrateurs vont être perturbés réduisant leur reproduction ainsi que l'ensemble des animaux vivant autour du Nil. »

La désertification pourrait s'accélérer 

Quelque 70 000 hectares de forêt et arbustes sont en sursis. « Ces plantations sont inondées entre trois et quatre mois par an. Sans ces crues, elles disparaîtront, craint Talaat Abdel Magid, professeur d'agroforesterie et environnement à la retraite. Les populations qui dépendent du bois, des légumes cultivés sous les arbres ou encore des plantes médicinales qui soignent les hommes et les animaux dans tout le pays seront affectées. » Ce chercheur alerte sur le risque de tirer un trait sur la ceinture verte prévenant la désertification, une épée de Damoclès qui plane sur plus de la moitié des dix-huit États du Soudan.

« C’est l’environnement qui va souffrir le plus », soutient-on chez certains Soudanais. Pour eux, le GERD va déséquilibrer l’écosystème autour du Nil. 

Le seul remède pour l'agriculture par récession (1) consisterait à équiper les territoires jusque-là submergés par le Nil de canaux d'irrigation et de pompes. « Cela bénéficierait aux agriculteurs qui pourraient cultiver leurs terres plusieurs fois par an. Mais ce n'est pas évident pour ces populations pauvres de se doter de pompes à moteur », souligne l'ingénieur Mohammed Basheer. Le coup de pouce pourrait venir de la communauté internationale, en particulier de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Pour Mustafa al-Zubair, le chef du comité technique soudanais au sein des pourparlers, la garantie de tels fonds faciliterait l'obtention d'un accord puisque « les gouvernements respectifs pourraient le présenter comme un succès ».

Un facteur de développement durable 

Ministre de l'Irrigation jusqu'à la chute du dictateur Omar el-Béchir en 2019, Osman Eltom mise sur un projet commun impliquant les trois États. « L'Éthiopie souhaite à terme vendre 3 000 mégawatts annuels au Soudan. En échange, elle importerait du blé, des légumes, des produits laitiers et de la viande du Soudan, qui pourraient éventuellement être transformés en Égypte, détaille-t-il. Les donneurs internationaux doivent contribuer, car ce n'est pas facile pour ces trois pays à l'économie vacillante d'instaurer de tels projets. D'autant que ce développement durable aiderait à réduire la pauvreté et limiterait l'émigration vers l'Europe et l'Amérique. »

« Les bénéfices sont supérieurs aux désavantages, insiste le négociateur Mustafa al-Zubair. Ces avantages ne peuvent toutefois être garantis sans accord sur l'exploitation du GERD. » Moins de six Soudanais sur dix sont actuellement reliés au réseau électrique. Même à Khartoum, les coupures de courant demeurent quasiment quotidiennes. La régulation du flux du Nil devrait permettre d'accroître la productivité des barrages soudanais. Appauvrie en sédiments, l'eau sera plus légère, permettant de faire tourner les turbines plus rapidement.

Impossible, néanmoins, de garantir ces gains sans accord contraignant. Yasir Abbas, qui a dirigé le ministère de l'Irrigation jusqu'au coup d'État du 25 octobre 2021, doute de la bonne volonté d'Addis-Abeba. « La position éthiopienne s'est transformée après le premier remplissage en 2020. La communauté internationale n'a pas réagi. Pourquoi l'Éthiopie s'embêterait à signer un traité ? » La fermeture soudaine des vannes du GERD, sans prévenir les Soudanais en charge du barrage de Roseires situé à moins de 100 kilomètres, avait entraîné une coupure d'eau de plusieurs jours dans la capitale soudanaise. 

Une coopération indispensable 

Un moindre mal d'après Mohammed el-Amin, l'ancien directeur du barrage de Merowe, à 350 kilomètres au nord de Khartoum. « N'importe quel problème intervenant sur le GERD menace l'ensemble du Soudan », alerte-t-il. « Si le barrage se fissure, cela entraînera un tsunami. Rien qu'un surplus de pluies nécessitant l'ouverture des vannes menace le Soudan qui n'a pas la capacité de recevoir une importante quantité d'eau supplémentaire », ajoute Tayseer Mustafa, la consultante membre du collectif concerné par les risques du GERD. 

Cette spécialiste s'inquiète enfin du risque de sècheresse dans le cas où Addis-Abeba ne libèrerait pas assez d'eau. D'après elle, cette combinaison de facteurs et de risques déplacera forcément des populations, dont 4 millions venus de la région du Benishangul administrée par l'Éthiopie (2) – qui s'ajouteront aux près de 60 000 réfugiés liés à la guerre qui ravage le nord de ce pays. « Les projets de méga-barrages doivent prendre fin en Afrique comme c'est déjà le cas depuis longtemps en Amérique et en Europe », résume Tayseer Mustafa, invitant à se tourner vers d'autres énergies propres.

Le GERD étant déjà bien avancé, Asim Moghraby, auteur d'une thèse sur les conséquences de ce barrage et fondateur de l'Institut d'études environnementales au sein de l'Université de Khartoum, conclut : « L'unique solution passe par la coopération entre les trois États. Sinon, ce sera un désastre. » Depuis les rives de Shambat, Awad Alkarim a, lui, déjà renoncé, faute de sédiments, à cultiver les lentilles, haricots rouges, citrouilles, concombres et autres graines de lupin qu'il vendait en parallèle de ses briques pour payer les études de ses deux fils en Turquie. Il songe désormais à acheter sa propre pelleteuse pour extraire sa matière première.

Par notre correspondante à Khartoum, Augustine Passilly - Le Point