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Histoires de femmes battantes au Maroc

Osire Glacier, chercheuse marocaine à l’Université Bishop (Sherbrooke, Canada), brosse 31 portraits de femmes ayant marqué l’histoire du Maroc, du IVe au XXe siècles. Elles étaient reines, «caïdates», chefs de tribus, poétesses, féministes, conseillères de grands sultans comme Youssef Ibn Tachfine et Moulay Ismaïl. L’auteure déconstruit la croyance selon laquelle l’identité culturelle se confond avec le patriarcat: l’émergence des femmes ne date pas du XXe siècle.
La résistance, l’exercice du pouvoir politique, le leadership social ne sont pas l’apanage des hommes. Avant même qu’elles soient, en ce début du XXIe siècle, députées, ministres, chefs d’entreprises, agents d’autorité, magistrats, pilotes de ligne, présidentes d’associations mondialement reconnues, elles étaient depuis des siècles reines, «caïdates», chefs de tribus, conseillères de sultans, ambassadrices auprès de pays étrangers. C’est dire que l’émergence de la femme marocaine sur la scène publique n’est pas nouvelle. C’est ce qu’a essayé de démontrer Osire Glacier, née Haddouche, une Marocaine vivant au Canada, professeur au département d’histoire et de sciences politiques et études internationales à l’Université Bishop (Sherbrooke, Canada) dans un livre sorti à la fin de 2013(*). Commencé en 2010, l’ouvrage aboutit deux années plus tard. Un travail de fourmi, tellement les sources pour faire sortir certaines de ces femmes de l’ombre se font rares, l’Histoire, on le sait, est d’abord celle des hommes.
Si les femmes brillent par leur savoir, leur intelligence et leur influence dans l’exercice du pouvoir, elles ne sont mises en exergue que pour conforter la position des hommes. Pour mener à bien ce travail de recherche, il fallait surtout de la patience et de la motivation, l’auteure n’a manqué ni de l’une ni de l’autre. Pourquoi ce livre ? Osire Glacier répond : «Lors de mes travaux de recherche, raconte-t-elle, j’ai été interpellée par certains récits qui s’opposent avec véhémence à l’égalité des droits entre les femmes et les hommes au Maroc, au nom de la sauvegarde de la culture et des traditions nationales. Pourtant, à y voir de près, ces récits confondent l’identité culturelle nationale avec le patriarcat, défini ici comme une organisation sociale et politique qui privilégie les hommes au détriment des femmes».
C’est pour  déconstruire cette croyance qu’elle s’est embarquée dans cette aventure. Elle survole alors seize siècles pour arracher de l’oubli, et nous les présenter sous forme de portraits attachants et bien documentés, 31 femmes ayant marqué l’histoire politique et sociale du Maroc.
L’étude s’étend donc de la deuxième moitié du IVe siècle, avec un premier portrait consacré à la reine Tin Hinan des touaregs Ahaggar, sous le royaume vandale (439-533), jusqu’au Maroc du XXe siècle avec l’emblématique Malika Al-Fassi, nationaliste de la première heure et seule femme à apposer sa signature à côté de celles de 66 hommes sur le Manifeste de l’indépendance de 1944. Certes, l’auteure n’a pas mentionné d’autres femmes qui méritent leur place dans cet ouvrage, mais pour être aussi exhaustif, comme elle le dit (voir entretien), il lui fallait remplir plusieurs volumes.
JAOUAD MDIDECH

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