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Musiques. Cécile McLorin Salvant enchante Jazz à Juan

 

La chanteuse a ouvert, le 6 juillet, la 61e édition du festival qui se tient jusqu’au 19 juillet.

Elle a cette beauté sereine de toutes les beautés. Les chanteuses, leurs noms de chanteuses, ça swingue, ça scatte, ça claque ou ça vous entourloupe. Ella (Fitzgerald), Billie (Holiday), Sarah (Vaughan), Edith (Piaf)… Elle, elle porte un patronyme qui n’en finit pas : Cécile McLorin Salvant. A prendre ou à laisser. Elle a le redoutable honneur d’ouvrir la 61e édition du doyen des festivals de jazz, Jazz à Juan. Ouvrir Jazz à Juan, clap de 61e, ce n’est pas la Scala ni Bayreuth, mais, tout de même ! Ça vous file un putain de frisson. Soit les grosses machines à blé s’en mêlent, embrouille qui n’a qu’un temps, soit vous passez à la trappe. A dégager voie 12…

Non sans un certain courage, Cécile McLorin Salvant, chanteuse, s’en charge. Certes bardée de Grammy et autres colifichets. Cet air boudeur, en photo de promotion, c’est un genre, ça leur passera – on parle des photographes et de leurs metteurs en scène. D’autant que ce 6 juillet, la vedette, visage lisse et sourire charmeur – la vedette dont elle est, Cécile McLorin Salvant, vedette américaine – est l’indéboulonnable crooner, guitariste, suavissime George Benson. George Benson ? Oui, vous avez bien lu… Le George Benson déjà vedette, le 17 juillet 1964. Sûr et certain. On y était, figurez-vous ! On avait dans les 19 ans… Ce qui ne donne aucun droit, mais permet de rêvasser… Sans compter qu’un an plus tard, le 26 juillet 1965, John Coltrane en personne changerait le vin en vin (A Love Supreme). Très fort !

Le 6 juillet 1964, on voulait voir Ella Fitzgerald et Roy Eldridge à l’arrache. Derrière les grilles. Sans payer. On était comme ça. On n’avait pas assez de sous. On ne savait qu’aimer. Ce qui ne passe jamais. Le hasard n’existant pas, on tomba pile sur la nuit où la divine Ella se prit à dialoguer, je vous le jure, avec un cricket mal embouché ! L’enregistrement de cet hallucinant dialogue socratique existe… La sublime Ella, remettant à sa place un cricket du genre têtu… Elle invente des mots, au mot par mot : « Pour qui te prends-tu, misérable bestiole ? La star ici, c’est moi, laisse-moi donc chanter… »

Par Francis Marmande - Le Monde 

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