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Arabie saoudite. Une nouvelle campagne dénonce les interdictions de voyager infligées à titre punitif à des militant·e·s et leurs familles

 

Les autorités d’Arabie saoudite recourent à des interdictions arbitraires de voyager pour punir et contrôler des militant·e·s, des écrivain·e·s et des journalistes en les enfermant dans le pays ou, pour celles et ceux vivant ailleurs, en empêchant leurs proches de se rendre à l’étranger a déclaré Amnesty International lundi 9 mai à l’occasion du lancement d’une nouvelle campagne.

Cette campagne, intitulée #LetThemFly, met en avant les cas de 30 défenseur·e·s des droits humains saoudiens qui ont été condamnés à des peines d’emprisonnement à l’issue de procès d’une iniquité flagrante et soumis à une interdiction de voyager entrant en vigueur dès la fin de leur peine. Elle expose également les cas de 39 proches de militant·e·s qui se sont retrouvés – sans décision officielle ni autre forme de notification – également soumis à une interdiction de voyager, qui a séparé de fait des familles.

« Le recours arbitraire des autorités saoudiennes aux interdictions de voyager contre des militant·e·s et des défenseur·e·s des droits humains reflète une sombre réalité dans le pays, où les voix discordantes continuent d’être réduites au silence tandis que les dirigeants parlent de réformes progressistes, a déclaré Lynn Maalouf, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Les personnes qui osent exprimer la moindre forme de critique ou d’opinion qui ne plaît pas aux dirigeants du pays subissent maintenant des interdictions de voyager illégales et punitives qui limitent dans les faits leur liberté de mouvement et influent sur d’importantes décisions dans leur vie. Les autorités saoudiennes doivent lever toutes les interdictions arbitraires de voyager, cesser cette pratique punitive et commencer à respecter les droits à la liberté d’expression et à la liberté de mouvement. »

Des vies soumises à des restrictions cruelles

Amnesty International a parlé avec huit militant·e·s saoudiens qui font l’objet d’une interdiction de voyager ou ont des membres de leur famille vivant en Arabie saoudite qui sont soumis à ce type d’interdiction. Les personnes établies à l’étranger ont déclaré souffrir psychologiquement de ne pas pouvoir voir leurs proches ni se rendre dans leur pays d’origine. Elles craignent d’être arrêtées arbitrairement et placées en détention si elles rentrent en Arabie saoudite.

Le 11 mars 2022, Raif Badawi, blogueur et militant saoudien, a été remis en liberté après avoir purgé une peine de 10 ans d’emprisonnement. Il ne pourra toutefois pas revoir sa femme et ses enfants avant encore 10 années si son interdiction de voyager n’est pas levée. Sa condamnation a fait suite à un procès contraire aux règles d’équité les plus élémentaires, reposant sur des accusations liées uniquement au fait qu’il avait créé un forum de débat sur Internet, qui lui a valu d’être poursuivi pour avoir insulté l’islam. Il a également été condamné à recevoir 1 000 coups de fouet, dont les 50 premiers lui ont été infligés le 9 janvier 2015 sur une place publique de Djedda, en violation de l’interdiction de la torture et des autres mauvais traitements.

Abdulrahman al Sadhan, qui travaillait avec le réseau humanitaire du  Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à Riyadh, a été arrêté le 12 mars 2018 puis détenu au secret et soumis à une disparition forcée pendant deux ans parce qu’il avait tenu un compte Twitter satirique. Le 5 avril 2020, il a été condamné à une peine de 20 ans d’emprisonnement suivie d’une interdiction de voyager pendant 20 ans pour avoir simplement exercé son droit à la liberté d’expression. Il demeure en détention aujourd’hui, privé de soins médicaux adaptés et de contacts réguliers avec ses proches.

« Ils déchirent des familles »

La sœur d’Abdulrahman al Sadhan, Areej al Sadhan, qui vit aux États-Unis, a déclaré à Amnesty International que les interdictions de voyager privent des personnes de la possibilité de vivre normalement car ces mesures perturbent leur vie sociale et professionnelle. Selon elle, être séparé de force de sa famille entraîne une grande souffrance psychologique et émotionnelle.

« Ils déchirent des familles. C’est injuste, illégal et inhumain, a-t-elle ajouté. Avec une interdiction de voyager, l’Arabie saoudite devient une prison, un lieu de punition, qui restreint la liberté des personnes et éloigne des citoyens de leur pays d’origine. »

Complément d’information

Depuis plusieurs années, l’Arabie saoudite recourt aux interdictions de voyager pour réprimer les voix critiques et discordantes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.

Lors de la purge du Ritz Carlton, en novembre 2017, les autorités ont imposé des interdictions de voyager à environ 300 personnes, dont des membres de la famille royale saoudienne.

En octobre 2021, la Freedom Initiative, une organisation basée aux États-Unis qui œuvre en faveur de la libération de prisonniers et prisonniers et prisonnières détenus injustement dans des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, a publié un rapport recensant au moins 89 « ressortissants des États-Unis » (citoyen·ne·s américain·e·s ou résident·e·s permanent·e·s) qui avaient été détenus ou soumis à une interdiction de voyager en Arabie saoudite.

World Opinions + Amnesty International

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