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Sahel : cinq questions sur la mort du chef du groupe Etat islamique au Grand Sahara tué par les forces françaises

 Adnan Abou Walid al-Sahraoui, l'un des plus puissants chefs terroristes au Sahel, a succombé à la suite d'une frappe française en août. 

"Il s'agit d'un nouveau succès majeur dans le combat que nous menons contre les groupes terroristes au Sahel." Tard dans la soirée du mercredi 15 septembre, Emmanuel Macron a annoncé, sur Twitter, la mort d'un des plus puissants terroristes au Sahel, le chef du groupe Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), Adnan Abou Walid al-Sahraoui.

Ce dernier a été tué au mois d'août par les forces françaises, engagées dans l'opération Barkhane, à la suite d'une frappe réalisée aux frontières communes du Mali, du Niger et du Burkina Faso. 

1- Qu'est-ce que l'Etat islamique au Grand Sahara ?

L'EIGS a été créé en mai 2015 par Adnan Abou Walid al-Sahraoui. Ce groupe armé jihadiste est considéré, avec le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, comme le responsable de la plupart des attaques dans la région des "trois frontières", un vaste espace aux contours vagues à cheval sur le Mali, le Niger et le Burkina Faso. 

L'EIGS y a perpétré des attaques meurtrières visant des militaires mais également des civils, a rappelé la ministre des Armées, Florence Parly, lors d'une conférence de presse, jeudi. 

"Nous estimons que le groupe Etat islamique au Grand Sahara (EIGS) est responsable de la mort de 2 000 à 3 000 civils depuis 2013, la plupart de confession musulmane."

Florence Parly, ministre des Armées lors d'une conférence de presse

Huit soldats, dont quatre Américains des forces spéciales et quatre Nigériens, ont été ainsi pris pour cibles dans une attaque meurtrière en octobre 2017. Ils ont été tués dans une embuscade à Tongo Tongo, près du Mali, dans le sud-ouest du Niger. L'EIGS a également mené une série d'attaques contre des bases militaires au Mali et au Niger fin 2019. 

Plus récemment, le 9 août 2020, au Niger, le chef de l'EIGS a commandité  l'assassinat de six travailleurs humanitaires français et de leurs guide et chauffeur nigériens. Cette attaque contre des membres de l'ONG Acted avait suscité une vive émotion en France et au Niger, classé ensuite en zone rouge, soit "formellement déconseillée" aux voyageurs, à l'exception de la capitale Niamey, par le ministère français des Affaires étrangères.

2- Pourquoi Adnan Abou Walid al-Sahraoui était-il une cible prioritaire ?

Emir autoproclamé de la branche sahélienne de l'EI, Adnan Abou Walid al-Sahraoui avait été désigné comme l'ennemi prioritaire au Sahel, lors du sommet du G5 Sahel à Pau (Pyrénées-Atlantiques), en janvier 2020.

Né dans les années 1970 au Sahara occidental, Adnan Abou Walid Al-Sahraoui a été membre du mouvement indépendantiste sahraoui Front Polisario. Il a ensuite rejoint le Mali, vers 2010, où il s'est radicalisé et a participé à la création du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), un groupe islamiste proche d'Al-Qaïda, rapporte Le Monde. 

Dissident, il finit par fonder son propre groupe, l'EIGS, en 2015 et devient le premier chef jihadiste du Sahel à faire allégeance au groupe Etat islamique. Traqué par les militaires de la force Barkhane, il était une cible essentielle. "Il semait littéralement la terreur depuis des années au Sahel, notamment dans cette région des trois frontières à cheval entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso", a rappelé le journaliste Omar Ouahmane, correspondant de Radio France pour l'Afrique, sur France Inter (à 2 min), jeudi. 

Invité de franceinfo, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a expliqué jeudi qu'Adnan Abou Walid al-Sahraoui était à "l'origine de massacres et de terreur. C'est une bonne nouvelle que cette neutralisation, c'était un peu 'l'ennemi numéro 1'."

3- Que sait-on des circonstances de sa mort ?

"Adnan Abou Walid al-Sahraoui, le chef de l'EIGS, a succombé à des blessures provoquées par une frappe de l'opération Barkhane en août 2021", a précisé la ministre des Armées, Florence Parly, lors de sa conférence de presse.

Elle a également rappelé que la mort du "numéro un de l'Etat islamique au Sahel" intervenait après "dix-huit mois d'efforts constants" contre cette organisation terroriste "qui est l'émanation de Daech au Sahel". 

La force Barkhane "avait réussi à identifier plusieurs lieux d'intérêt où [le chef de l'EIGS] était susceptible de se terrer, grâce à une manœuvre de renseignement de longue haleine et grâce à plusieurs opérations de capture de combattants proches d'Adnan Abou Walid al-Sahraoui", a-t-elle détaillé. En juillet, Florence Parly avait annoncé la mort ou la capture de plusieurs cadres de haut rang de l'EIGS par la force Barkhane et ses partenaires. 

"A la mi-août, nous avons pris la décision de lancer une opération visant ces lieux, c'est dans ce cadre que des frappes aériennes ont été conduites et que l'une d'entre elles a atteint sa cible", a précisé la ministre.

4- Quel est l'impact de cette opération sur ce groupe terroriste ?

Dans la foulée de l'annonce présidentielle, la ministre des Armées a salué "cette traque de longue haleine" menée par les militaires et les agents du renseignement. "C'est un coup décisif contre ce groupe terroriste. Notre combat continue", a-t-elle souligné sur Twitter.

Lors de sa conférence de presse, Florence Parly a affirmé que la mort d'Adnan Abou Walid al-Sahraoui portait "un coup décisif au commandement de Daech au Sahel et à sa cohésion. Car l'EIGS aura des difficultés à remplacer son émir par une autre figure de son envergure."

"Ce groupe est décapité dans son organisation. Il importe maintenant, en particulier au Niger, que les acteurs étatiques puissent reprendre le terrain qui a été ainsi abandonné et laissé [au] groupe EI", a commenté Jean-Yves Le Drian sur franceinfo.

5- Quels sont désormais les objectifs de la France au Sahel ?

L'annonce de la mort du chef de l'EIGS intervient au moment où la France réorganise ses troupes sur le terrain sahélien. L'opération Barkhane, la plus grande opération militaire française à l'extérieur, engagée il y a sept ans au Sahel et au cours de laquelle 50 Français ont perdu la vie, doit se terminer dans quelques mois. 

Emmanuel Macron a annoncé en juin une réduction de la présence française dans la région au profit d'un dispositif resserré, recentré sur les opérations de contre-terrorisme et l'accompagnement au combat des armées locales, autour d'une alliance internationale associant des Européens.

Ainsi, le nombre de troupes françaises déployées au Sahel devrait passer de plus de 5 000 militaires actuellement à 2 500 ou 3 000 d'ici à 2023, au terme d'une vaste réorganisation débutée ces dernières semaines.

Ce retrait fait craindre le pire aux Maliens, qui redoutent la reprise du pouvoir par les jihadistes dans certaines régions, dans un scénario similaire à celui de l'Afghanistan. Cependant, Florence Parly a assuré jeudi que "nous ne partons pas du Mali, nous adaptons notre dispositif militaire. Notre combat continue."

Reste que cette nouvelle intervient dans un contexte tendu entre Paris et la junte au pouvoir à Bamako, laquelle envisage de conclure un contrat avec la sulfureuse société paramilitaire russe Wagner. Un déploiement de ces mercenaires serait "incompatible" avec le maintien au Mali des troupes françaises, a averti mardi Jean-Yves Le Drian.

Freedom1 / France Info

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