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Les enjeux de l'élection présidentielle égyptienne

Les 26 et le 27 mai prochains, un événement d'une importance considérable se déroulera de l'autre côté de la Méditerranée : les élections présidentielles égyptiennes. Ce pays, le plus grand et le plus peuplé du monde arabe (90 millions d'habitants), disposant d'une armée solide, est l'une des clés de la stabilité du Proche-Orient.
Or, l'Egypte a traversé, depuis trois ans, de violents soubresauts internes. Elle a connu deux révolutions successives, en 2011 contre le régime de Moubarak et en 2013 contre la dictature des Frères musulmans. Celles-ci, bien qu'étant le fruit d'une vive volonté populaire, ont profondément fragilisé le pays sur les plans politique, sécuritaire et surtout économique. Ces événements ont provoqué un accroissement des tensions et des divisions internes, une instabilité institutionnelle, des difficultés économiques, la croissance du chômage et surtout l'accroissement de l'insécurité quotidienne.
Le pays est aujourd'hui avide de retrouver la stabilité et de vivre enfin une expérience démocratique, même si celle-ci doit se dérouler dans une ambiance de haute sécurité en raison des menaces d'attentats terroristes.
L'actuelle campagne présidentielle est dominée par deux candidats : le maréchal Abdel Fattah El-Sisi et le socialiste Hamdine Sabbahi.
Sabbahi est entré en politique, dans les années 1970. Etudiant, il prône des principes socialistes à l'université et milite contre Sadate. Sous Moubarak, il essaie de convaincre, en vain, socialistes et nassériens qu'il est l'« héritier » de Nasser, mais sans en avoir le charisme et sans présenter aucun projet. Il décide alors de créer son parti politique, El Karama (L'honneur), en 1997. En 2005, il est élu au Parlement avec le soutien obtient le soutien des Frères musulmans. Après la chute de Moubarak, Sabbahi se présente aux élections présidentielles de 2012 mais n'obtient que le troisième score, avec 20,72%. Dans la campagne actuelle, il bénéficie du soutien officiel des Frères musulmans, qui rêvent de se venger d'El-Sisi à tout prix. Mais ce soutien est contre-productif car l'écrasante majorité des Égyptiens sont convaincus que les Frères musulmans sont des terroristes, responsables des assassinats de policiers et des attentats qui, presque chaque jour, ensanglantent le pays.
Au contraire, le maréchal Abdel Fattah El-Sisi, entame la campagne avec un très fort soutien populaire de toutes les composantes de la société égyptienne - musulmans modérés, coptes, soufis, Nubiens, Bédouins et même socialistes –, en particulier des jeunes et des femmes, en raison de son action contre les Frères musulmans.
Ancien chef des renseignements militaires et ancien ministre de la défense, il connait bien les dossiers épineux qui l'attendent s'il est élu. C'est un homme d'expérience qui a derrière lui quarante-cinq ans de carrière militaire et une réelle expérience internationale, car il a étudié aux États-Unis et en Angleterre. Son discours est très réaliste : il ne promet pas de recettes magiques pour résoudre les défis colossaux que l'Égypte doit surmonter, mais il s'engage à ne jamais revenir en arrière, à l'époque de Moubarak ou à celle des Frères musulmans. Il encourage les Égyptiens à se mettre au travail et promet que l'État rétablira la situation économique, car le pays dispose de nombreux atouts. El-Sisi précise également que la sécurité et la stabilité de l'Égypte sont ses priorités. Enfin, il reconnaît les aspirations du peuple égyptien qui a acquis une grande maturité politique après ses deux révolutions et qui sait sanctionner ses dirigeants.
Surtout, il apparait comme le champion de l'indépendance et de l'honneur national. La destitution de Morsi l'a conduit à une confrontation périlleuse avec l'Administration Obama, mais El-Sisi n'a pas cédé aux pressions américaines. Au niveau international, il entretien d'excellentes relations avec les pays du Golfe, à l'exception du Qatar qui soutient les Frères musulmans. Il a su reconstruire une coopération stratégique avec la Russie, suite au profond désaccord avec Washington qui préfèrerait une Egypte dirigée par les Frères musulmans, en dépit de l'opposition populaire.
Le futur président égyptien aura une responsabilité historique : redresser le pays et restaurer sa place en tant que puissance régionale. Pour cela, tous les Égyptiens sont d'accord sur une chose : il ont besoin d'un leader audacieux et non d'un technocrate falot, car le nouveau chef d'Etat devra prendre des décisions courageuses et difficiles.
Depuis 2011, le peuple égyptien a montré qu'il était déterminé à éliminer les obstacles à sa liberté, qu'il s'agisse du régime autoritaire et corrompu de Moubarak ou de celui Frères musulmans, intégriste, théocrate et tout aussi corrompu. Au Caire, la place Tahrir (Libération) a été l'épicentre des mouvements qui ont provoqué la chute de deux régimes qui dirigeaient le pays d'une main de fer. C'est pourquoi la population aborde cette consultation démocratique avec optimisme et espoir. Beaucoup d'Égyptiens déclarent, qu'au cas où le président élu ne satisferait pas leurs demandes, la place Tahrir sera toujours là..
Par Chérif Amir (Chercheur égyptien indépendant, ) et Eric Denécé (Directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R)) 

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